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Ce blog risque de ne plus évoluer, les articles seront pour certains repris et améliorés pour figurer sur le site Imaginelf – parmi d’autres…
Bonne lecture !

Sawako

Le défi à relever est de taille : faire découvrir cette merveille du paysage littéraire qu’est le shôjo manga. Vous me direz, nombre d’entre vous connaissent déjà, voire détestent déjà et n’iront pas plus loin que le titre. Soit. C’est un public que je ne désespère pas d’atteindre un jour, à force d’écrire des idioties sur ce site. Ne dit-on pas que la pédagogie passe par la répétition ? Mais je m’égare et j’en ai encore perdu en route en divagant sur des banalités.

Le shôjo manga, ou manga pour filles, c’est toujours la même recette : un gars, une fille, une romance, des obstacles. TOUJOURS. Les variantes viennent des obstacles.

Étudions un exemple pour mieux comprendre : Sawako (Kimi ni Todoke), Karuho Shiina, Ed. Kana.

Sawako, 15 ans, est une jeune fille au teint pâle et aux longs cheveux noirs. Elle est studieuse et réservée. C’est : la fille.

Kazehaya est l’équivalent humain de la lumière du jardin dans une douce nuit d’été : tous les crétins de papillons viennent se coller autour en permanence. C’est même plus du charisme à ce niveau, ça tient des phéromones top-secrets développés par les militaires. C’est : le gars.

Entre ces deux-là, vous l’avez compris, va se dérouler : la romance.

Et les obstacles, me direz-vous ? Faisons simple : la personnalité de la jolie Sawako pose quelques problèmes. Reprenez la description de la demoiselle et associez-la à un film d’horreur connu, et vous saurez pourquoi toute l’école la surnomme Sadako(1). Sawako a beau être un bisounours naïf au fond de son petit cœur de colombe, elle a beaucoup, beaucoup de mal à s’exprimer et à faire passer ses sentiments. Résultat, elle a toujours l’air sombre et effrayant, tout le monde est persuadé qu’elle parle aux fantômes, qu’en fixant son regard plus de 3 secondes vous serez maudits, qu’être assis à côté d’elle vous causera une jambe cassée ou des mauvaises notes…

Mais le grand, beau et gentil gendre idéal Kazehaya, lui, a assisté à un évènement incroyable le jour de l’examen d’entrée au lycée. Depuis, ce n’est pas par peur d’être maudit qu’il n’arrive pas à soutenir son regard plus de 3 secondes, si tu vois ce que je veux dire (on peut se tutoyer maintenant, non ?). Qu’est-il donc arrivé, me diras-tu, frémissant d’impatience ?

Tu ne me croiras jamais, lecteur. Ils se sont parlé 3 secondes et elle a SOURI. Et là, arc-en-ciel magique, petits poneys roses et petites fleurs, ça a fait BOUM dedans son cœur. Enfilant son armure de paladin, il décide d’aider sa princesse à s’ouvrir aux autres et à se faire des amis. Sawako est éperdue d’admiration et de respect pour son chevalier servant, et petit à petit va essayer de changer et de changer le regard des autres. Tu noteras le « éperdue d’admiration et de respect » : le coup de foudre n’a pas été réciproque. Courage, bonhomme, tout n’est pas perdu !

Evidemment, on ne tient pas 107 ans avec ça comme seul obstacle. On voit déjà venir les hordes de harpies jalouses harceler la miss. Eh oui, même si ce n’est pas sa faute, elle monopolise Kazehaya et ça, c’est interdit par une directive collégiale des filles de toute l’école. Kazehaya a en effet le statut de bien public (non rival, non excludable, et de consommation quasi-obligatoire, plus d’info ici). Et j’en passe. Heureusement, elle est désormais bien entourée, notamment par Yano et Yoshida, deux nanas que tu ne regardes en général pas de travers si tu tiens à tes dents.

Quelques infos pratiques : pour l’instant, 5 volumes sont parus. Il y a aussi une version roman (uniquement en japonais) et une adaptation animée est en cours de diffusion chez nos amis nippons actuellement (parce que lire à l’envers n’est pas toujours facile, déjà que pour certains, lire à l’endroit…)

Alors, heureux(se) ?

(1) Une fille aux cheveux longs et noirs ? une cassette vidéo et des gens qui meurent ? Ring, bien sûr.

Otomen

Comme vous pouvez le constater à la couverture, j’ai récemment mis la main sur un gros dossier. Je me devais de vous le faire partager.

L’histoire, c’est… on s’en fout en fait, de l’histoire. Il s’agit plutôt d’une suite de situations improbables à peine reliées entre elles, dans la lignée des « slice of life » ou tranches de vie comme Azumanga Daioh, Yotsuba ou Minami-ke. En moins bon, je le dis tout de suite, mais en aussi appréciable pour les amateurs de n’importe quoi comme votre serviteuse.

Abordons donc ce manga par ses personnages, et surtout son personnage principal qui donne le titre.
Asuka Masamune, 17 ans, est grand, beau, fort, viril, capitaine du club de kendô. Il a tout pour réussir, mais il cache un lourd secret… Il aime les sucreries, les peluches, les fleurs, les shôjos et tout ce qui est mignon !!! Diantre, c’est un Otomen, une jeune fille (otome) au masculin (men) !!! Passons sur le traumatisme familial crétin qui l’oblige à se cacher, et concentrons-nous sur le prochain personnage, catalyseur de sa révélation, j’ai nommé…
Ryo Miyakozuka, une jolie nouvelle élève qui va vite devenir l’objet de son affection. Elle maîtrise toutes sortes d’arts martiaux mais pas la cuisine, étant orpheline de mère… et voilà qui réveille tous les instincts maternels de ce cher Asuka qui va s’empresser de lui faire des bentos très bons et tout choupinous, sous l’œil attendri et observateur de…
Jûta Tachibana, le troisième larron qui les pousse sans arrêt à franchir des étapes (sans succès), parce que sinon, comment voulez-vous qu’il avance son scénario de- ooops spoiler alert !
Et toute une galerie de personnages plus délirants les uns que les autres, qui sont tous d’accord sur un point : Asuka est vraiment l’épouse idéale.

Otomen tome 4

Courez lire les premières pages ici

You Higuri est une charmante demoiselle mangaka, née à Osaka. Elle commence à publier en 1993 une série d’heroic-fantasy, Azel Seimaden, puis se lance dans différentes séries abordant plusieurs genres : en vrac, Cantarella, Gorgeous Carat, Cutlass, Crown, Gakuen Heaven… Elle illustre aussi des romans, dessine des personnages pour des animes (Night Head Genesis), et publie des doujinshins (équivalent des fanzines au Japon).

Oui, c’est bien, et ? Et bien, la demoiselle aime bien l’histoire européenne. Vous me direz, c’était écrit dans le titre, c’était bien la peine de perdre votre temps à lire jusque là. Précisons donc : elle a un faible pour les périodes sombres, hantées par des personnages, certes charismatiques, mais aussi tragiques ou effrayants.
Vous avez le choix :
César Borgia, 1475 – 1507 (1)
Louis II de Bavière, 1845 – 1886 (2)
Rodolphe de Habsbourg, archiduc d’Autriche, 1858 – 1889 (3)

C’est à dire ?

Le premier est le fils du pape Alexandre VI, ce qui n’est pas forcément un avantage dans la vie. Tout comme Minus et Cortex, il va tenter de conquérir le monde en commençant par Capoue, la Romagne et le duché d’Urbino, grâce aux troupes du roi de France du moment, Louis XII. Tour à tour cardinal, archevêque, duc de Valentinois, duc de Romagne, il trouve le temps d’éliminer quelques-uns de ses ennemis, les Colonna et les Orsini, mais n’arrive pas à temps pour en empêcher un autre, Jules II, de remplacer papa à la tête de l’Eglise catholique. Arrêté, il s’évade, se fait mercenaire chez son beau-frère et meurt en service. Une vie bien remplie, y compris par des rumeurs d’inceste avec sa soeur, Lucrèce. Accessoirement, il a servi de modèle à Machiavel pour écrire « le Prince ».

Le second, Louis II de Wittelsbach, est un mégalomane qui a construit des châteaux improbables (Neuschwanstein, Linderhof), qui aimait l’opéra et soutenait Wagner, et qui se souciait peu des basses tâches comme gouverner. En temps de guerre, il se range du côté des perdants, et du coup la Bavière se retrouve subordinée à la Prusse. Finalement interné, on le retrouve noyé dans le lac de Starnberg.

Enfin, le troisième, fils de François-Joseph 1er et d’Elizabeth (oui, Romy Schneider, et accessoirement la cousine de Louis II de Bavière) s’est probablement suicidé avec sa maîtresse, Marie Vetsera, dans sa demeure de Mayerling. On le comprend hein, il avait dû épouser la fille du roi des Belges, le pauvre. Quoique c’est comme Marylin, on saura jamais vraiment (enfin pour lui on peut être sûr que c’est pas un coup des Kennedy).

A partir de ces trames, You Higuri construit des oeuvres où le fantastique n’est jamais très loin, au graphisme soigné côté décors et costumes. Certes, elle prend parfois des libertés avec l’histoire, mais s’écarte peu des faits, préférant broder sur leurs causes et conséquences. Pour finir, je parlerai des publics visés : si Cantarella et Tenshi no Hitsugi relèvent du shôjo classique, Ludwig II est plus proche du yaoi (pour lecteurs non avertis, ça signifie qu’on y trouve des relations homosexuelles entre hommes ; pour les filles, on parle de yuri, comme ça vous savez tout).

Bref, un mélange des genres et des cultures intéressant. Enfin, je vous parie qu’elle a trouvé cette idée de repiquer l’histoire européenne en regardant Lady Oscar à la télé quand elle était petite !

(1) Cantarella, Asuka
(2) Ludwig II, Generation Comics
(3) Tenshi no Hitsugi (le cercueil de l’ange), non paru en France

Source pour la partie historique : une bonne vieille encyclopédie Larousse en papier.

Ayashi no Ceres

Bonjour, je m’appelle Aya Mikage, je suis une jeune fille de bonne famille tranquille et sans histoires, mon frère jumeau et moi allons bientôt fêter nos 16 ans, c’est pas beautiful ?
Et bien non ! Parce qu’il s’avère le jour de mon anniversaire que je suis la réincarnation de Cérès, une nymphe céleste qui a de sérieuses revendications envers ma famille, ce qui me condamne à mort. Heureusement, mon père me sauve la vie et me permet de m’enfuir. Commence alors une cavale à travers tout le Japon où je rencontrerai d’autres jeunes filles qui ont des pouvoirs de nymphe, un charmant jeune homme prêt à tout pour me protéger mais qui malheureusement pour lui arrive après un superbe amnésique en lunettes noires qui me vole mon coeur en moins de 3 secondes… Je vais tenter de retrouver mon frère, de déjouer les machinations et manipulations génétiques de mon cousin, d’aider mon prince charmant à comprendre qui il est, tout ça pour être enfin tranquille et heureuse. Le plus simple serait finalement d’essayer de comprendre cette autre personne qui vit en moi, et de l’aider à se délivrer de son lien avec les Mikage…
C’est pas gagné, j’en ai bien pour 14 volumes !

Ah, Yuu Watase, une mangaka chevronnée dans les histoires d’amour et la fantasy. Un grand classique. Du suspense (un peu quand même), des histoires de coeur (beaucoup), des destins tragiques… Sortez vos mouchoirs, le taux de mortalité et de guimauve sont assez élevés ! Un graphisme classique de shojo, avec le style reconnaissable de Watase, et qui s’améliore pas mal au fil des volumes.
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Nodame Cantabile

Prenez un héros jeune, beau, pianiste-violoniste-aspirant chef d’orchestre bourré de talent et admiré de tous ; mettez sur son chemin une voisine de palier pianiste mignonne, au génie caché, qui a beaucoup à apprendre de lui ; ajoutez des personnages secondaires comme un violoniste rock, une ex-petite amie soprano, un(e) timbaliste au rythme d’enfer et un chef d’orchestre allemand ultra célèbre en visite au Japon et vous avez…

Un truc pas très original ?

Reprenons. Prenez un héros insupportablement arrogant, désagréable et maniaque ; mettez sur son chemin une voisine de palier bordélique et crade, qui donne l’impression d’avoir deux ans d’âge mental et qui ne pense qu’à manger ; ajoutez des personnages secondaires comme un blond décoloré qui s’y croit un peu trop, une garce fille à papa, une femme à moustache (?) et un vieux pervers et vous avez…

Un truc un peu trash ?

Et bien c’est là que « le tout vaut plus que la somme des parties » parce qu’en mélangeant ces deux histoires vous obtenez un manga drôle et attachant. On a rarement vu un manga où le gars (Shinichi Chiaki) fait la cuisine, range l’appartement de l’héroïne (tout ça parce que ça commençait à dégouliner sur son balcon), et lui balance des partitions à la tête ; où l’héroïne (Megumi Noda) ne se lave pas les cheveux ; et on se demande bien où tout ça va les mener… Chiaki-sama arrivera-t-il à réaliser son rêve, être chef d’orchestre en Europe ? Nodame arrivera-t-elle à lui mettre le grappin dessus et à devenir une grande pianiste ?

Maestro, musique !

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Katsuyuki Natsuki, lycéen de 17 ans, vit seul avec sa mère Yoshiko. Cependant, celle-ci décide de se remarier, et voilà notre héros flanqué d’un beau-père, Sosuke Tanaka, et d’un frère de 16 ans, Haru. C’est le début d’une cohabitation mouvementée…

Voilà un résumé des plus banal, pour une série qui ne l’est pas !

Les personnages sont plus déjantés les uns que les autres. Katsuyuki est un mordu de haute finance sournois et sans pitié, qui ne jure que par le travail et rêve d’entrer à Harvard. Sosuke est un écrivain nomade, lui et Haru ont plus ou moins fait le tour du monde, maîtrisent la cuisine et la médecine par les plantes. Sans oublier les amis des uns et des autres : une PDG américaine en culottes courtes, une élève brillante qui veut devenir peintre, un vieux chinois qui cache bien son jeu…

Le contraste entre l’insupportable joie de vivre des nouveaux arrivants et la mentalité de salaryman de Katsuyuki est le principal ressort comique de cette série, qui aborde l’air de rien des sujets comme le chômage, la crise économique japonaise, l’avenir… Une série présentant un réalisme (relatif) des situations, des personnages humains et attachants, parfois desservis par un graphisme un peu brouillon, mais qui se lit facilement.

Bref une série capable de plaire à tous, et qui j’espère vous convaincra !

tensai